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Les piliers de la kehila

Eliezer Ben-Haïm (Haïmzon) zal

Cohen, parmi les fondateurs

Eliezer Ben-Haïm (Haïmzon) est né en 1935 dans la bourgade de Majdan, près de Kolbuszowa, au sud-est de la Pologne, cinquième de six enfants. Son père, Shmouel Haïm, était vitrier et allait de bourgade en bourgade à pied.

1927 : sa mère Adela, sa tante Rachel et son père Shmouel Haïm
1927 : sa mère Adela, sa tante Rachel et son père Shmouel Haïm

En septembre 1939, son père — le seul des environs à lire les journaux allemands — comprit ce qui approchait, et la famille s’enfuit vers l’est. L’aînée, Rachel, en visite chez une tante à Cracovie, revint à la bourgade chercher les siens — elle fut fusillée dans la forêt avec tous ses Juifs.

Puis ce furent Lwów, la déportation en Sibérie, et quatre années dans la ville de Nookat, près d’Och, au Kirghizistan. Le père fut mobilisé dans l’Armée rouge comme interprète dans les camps de prisonniers allemands ; la mère éleva seule cinq enfants — ménages chez les autres, bouillie de maïs, ration de cent grammes de pain. « Je me couchais affamé et je me réveillais affamé », racontait Eliezer.

Après la guerre — trois mois de train pour revenir en Pologne. À Szczecin, la mère apprit le sort de sa fille aînée et de toute sa famille ; son cœur commença à lâcher. Puis les camps de personnes déplacées d’Allemagne : Berlin, Rosenheim, Schwarzenborn, Kassel, Feldafing. En juillet 1949, elle mourut à Munich ; sa tombe est parmi les premières du nouveau cimetière juif de la ville.

Camp de Schwarzenborn, 1947 : les parents et les cinq enfants survivants. Eliezer, à droite
Camp de Schwarzenborn, 1947 : les parents et les cinq enfants survivants. Eliezer, à droite
La tombe de sa mère au cimetière juif de Munich : « Chaim Adela, Maydan-Kolb., 1896–1949 »
La tombe de sa mère au cimetière juif de Munich : « Chaim Adela, Maydan-Kolb., 1896–1949 »

Les malades n’avaient pas le droit d’émigrer, et la famille restait bloquée au camp — alors, à quinze ans, Eliezer partit seul : en train jusqu’à Naples, puis à bord du navire Komemiyout ; le 2 septembre 1950, il débarqua à Haïfa. Aux fonctionnaires qui ne lui trouvaient pas de place, il dit : « Renvoyez-moi en Allemagne — d’ici, je ne bougerai pas. » Une place se trouva : le village de jeunesse Nitzanim, près d’Ashkelon, où il apprit la serrurerie et la plomberie. Son père et ses sœurs arrivèrent en 1952 — à la ma’abara Amishav de Petah Tikva.

Sa fiche d’immigration, septembre 1950 : « arrivé à bord du Komemiyout le 2/9/50 ». Photo prise avant l’embarquement
Sa fiche d’immigration, septembre 1950 : « arrivé à bord du Komemiyout le 2/9/50 ». Photo prise avant l’embarquement

En 1955, il fut incorporé à la brigade Givati et passa six mois en embuscades nocturnes face aux fedayins, à la frontière de Gaza. Puis quatre guerres : la campagne du Sinaï, la guerre des Six Jours, la guerre d’usure et la guerre de Kippour — 166 jours dans le Sinaï. « Les balles tombaient autour de moi comme la pluie sans me toucher. Ma mère veillait sur moi. »

Soldat du 52e bataillon de la brigade Givati, 1955
Soldat du 52e bataillon de la brigade Givati, 1955

En 1962, il épousa Adina. Trois enfants, dix petits-enfants — « un minyan », souriait-il. À Petah Tikva, il fut parmi les fondateurs de la synagogue Tiferet Tsvi, et des décennies durant, des générations de fidèles reçurent de sa bouche la birkat kohanim.

Eliezer et Adina avec leurs enfants et petits-enfants
Eliezer et Adina avec leurs enfants et petits-enfants

« Aimez ce pays — nous n’en avons pas d’autre, disait-il. Et surtout : qu’il y ait la paix entre nous. Sinon, nous n’avons pas d’avenir ici. »

D’après le témoignage vidéo enregistré par Yad Vashem à Petah Tikva, novembre 2022.